Sélection de poèmes tirés de graffiti sotto la pelle/graffiti sous la peau, Pinkopalino, 2025
Tra adulti parlare della scuola
è come parlare dell'amore,
si rischia grosso.
Le nostre ossa, costruite con
o contro di lei,
scricchiolano s'arroventano
appena la si sfiora:
prisma che svisa e mitizza ricordi,
caleidoscopio di paure e speranze.
Entre adultes, parler de l'école
c'est comme parler d'amour,
on prend de gros risques.
Nos os, construits avec
ou contre elle,
s'embrasent et crissent
si on y touche :
prisme qui déforme et mythifie nos souvenirs,
kaléidoscope de peurs et d'espoirs.
Woofing
a Noé
Basta scuola.
Tu il mondo lo vuoi scoprire
a piedi e mani nude,
partendo dal tuo paesino
di fattoria in fattoria
cercherai il rovescio di questa civiltà
che vedi annegare in un diluvio
di roba da vendere da comprare.
Come una poesia protesa nel vuoto
andrai alla conquista del tuo nome, Noé:
a falcate infuriate d'amore per la terra
che non trovi più,
con addosso i suoi gridi
e quelli degli animali in via d'estinzione,
sceglierai i sentieri traboccanti d'azzurro
e il tuo bastone farà precipitare
sassi aguzzi
sui demoni della rapidità
e della rassegnazione.
Woofing
à Noé
Assez d'école.
Le monde, tu veux le découvrir
à mains et pieds nus,
en partant de ton village
de ferme en ferme
tu chercheras le revers de cette civilisation
que tu vois faire naufrage dans un déluge
de choses à vendre à acheter.
Tel un poème tendu vers le vide,
tu iras à la conquête de ton nom, Noé :
à flamboyantes enjambées d'amour pour la terre
que tu ne trouves plus,
vêtu de ses cris
et de ceux des animaux en voie d'extinction,
tu choisiras les sentiers débordants d'azur
et ton bâton fera tomber
des cailloux acérés
sur les démons de la rapidité
et de la résignation.
Carta
La carta assorbe l'estate e i corpi
d'alunni e insegnanti.
Di carta i denti della scuola,
le sue voraci mandibole, i suoi muscoli.
Vince
chi sa destreggiarsi con lei
come un giocoliere,
chi sa canalizzarne i flussi
in ordinate gerarchie.
*
Ci appare quasi sempre già bell'e scritta.
Ci restano il margine o il fondo delle copie
per aggiungere commenti
e spesso ai nostri alunni domandiamo
ciò che già sappiamo.
Come insegnare perché ridiventi
per loro e per noi
terra foglia e orizzonte?
Papier
Le papier absorbe l'été et les corps
des élèves et des enseignants.
En papier, les dents de l'école
ses voraces mandibules, ses muscles.
Gagne
qui sait le manoeuvrer
tel un jongleur,
qui sait en canaliser les flux
en hiérarchies ordonnées.
*
Il vient à nous presque toujours déjà écrit.
Nous restent la marge ou le bas de la copie
pour ajouter des commentaires
et souvent nous demandons à nos élèves
ce que nous savons déjà.
Comment enseigner afin qu'il redevienne
pour eux et pour nous
terre feuille et horizon ?
Solo davanti a tutti voi
I
Per non occuparmi più di me
qui, solo davanti a tutti voi,
e varcare la soglia della vostra classe
varcando allo stesso tempo
quella del mio mondo interiore
mi ci sono voluti anni d'insegnamento
per vedere, con voi, l'ombra minacciosa
di un compagno migliore
sullo specchio del foglio bianco;
anni, per sentire con la vostra pancia
la nausea dell'obbligato banchetto quotidiano
di riflessioni e teorie
e la morsa di sedie e banchi
– anche quando la mia lezione risuona
alle mie oreccchie
così bella e importante.
Seul devant vous tous
Pour ne plus m'occuper de moi-même
ici, seul devant vous tous,
et enjamber le seuil de votre classe
comme celui de mon monde intérieur,
il m'a fallu des années d'enseignement
pour voir, avec vous, l'ombre menaçante
d'un camarade plus doué
dans le miroir de la feuille blanche ;
des années, pour sentir avec votre ventre
la nausée du banquet quotidien imposé
de réflexions et théories
et l'étau des chaises et des bancs
– même lorsque ma leçon résonne
à mes oreilles
si belle et importante.
Sigilli
I
Capita di botto
(non so mai bene con quali pretesti)
che qualcosa di qualcuno
s'innesti
a mie parole o gesti
e quasi fluorescente un viso, un nome
si affacci alla mia mente:
è un amico, una collega, un vecchio professore,
o spesso il mio comico del cuore.
A tentoni tempo fa
e per ore,
rimestavo nella memoria
cercando il reo dell'intrusione.
Ora sono più sereno:
so solo che quando un bagliore
lo desta,
in quel gesto in quella parola
io sono lui o lei :
poi in un baleno s'inabissa
e si scioglie nel dormiveglia
delle orde che vivono in me.
Sceaux
I
Il arrive soudain
(avec quels prétextes je ne sais)
qu'un quelque chose de quelqu'un
se greffe
à mes mots ou à mes gestes
et presque fluorescent un visage, un nom
jaillit dans mon esprit :
ami, collègue, ancien professeur,
ou souvent mon comique préféré.
Jadis, je tâtonnais longtemps
dans ma mémoire
pour chercher le responsable
de cette intrusion.
Je suis plus serein maintenant :
je sais que lorsqu'une lueur
le réveille,
dans ce geste, dans ce mot
je suis lui ou elle :
puis il s'engouffre tel un éclair
et se fond dans le demi-sommeil
des hordes qui vivent en moi.
Note à "Sceaux"
« Enseigner a pour étymologie : “ seing ”, sceau, marquer d’une empreinte, d’un signe distinctif. L’enseignant a pour mission de transmettre des valeurs, un savoir, de former, marquer “ intellectuellement ” mais peut-être aussi affectivement les élèves auxquels il s’adresse. Il marque de son empreinte les élèves. Ainsi tout jeune devenu adulte, tout adulte qui souhaite devenir enseignant fut, en tant qu’ancien élève, marqué par un ou plusieurs professeurs, d’une empreinte, d’un sceau cognifif, affectif. Que lui en reste sur le plan conscient ? Et surtout que lui en reste-t-il sur un plan inconscient ? Que veut-il reproduire, répéter ou que réfuse-t-il de reproduire ou de répéter en tant qu’enseignant ? » (Alain Rioux, Récit de vie et imagos parentales, dans Chemins de formation, au fil du temps …, Téraède, Paris, 2010).
II
Aureolata dalla speranza d'inabissare la nostra superficialità, faceva rimbalzare il gesso tra le mani e le domande. I nostri opachi silenzi le iniettavano una solitudine fosforescente che lampeggiava ad ogni risposta che dava a se stessa. Con gli occhi frizzanti di quella speranza spesso vi scruto; aspetto; ripeto domande e spiegazioni come una marionetta manovrata dall'ansia di essere incompresa. Vorrei cedere a ognuno di voi il palcoscenico ma a salirci sono sempre gli stessi: i più si sono abituati ad assistere allo spettacolo, anche se scadente.
II
Auréolée par l'espoir de noyer notre superficialité, elle faisait rebondir sa craie entre ses mains et ses questions. Nos opaques silences lui injectaient une solitude fluorescente qui étincelait chaque fois qu'elle s'empressait de répondre à elle-même. Avec les yeux pétillants de ce même espoir, souvent je vous scrute ; j'attends ; je réitère questions et explications comme une marionnette manœuvrée par l'anxiété d'être incomprise. J'aimerais céder les planches à chacun de vous, mais ce sont toujours les mêmes à y monter : la majorité a pris l'habitude d'assister au spectacle, même s’il est de mauvaise qualité.
Massimiliano
« Quando,
ma quando la smetterà d'innestarmi
il corpo e la mente
su pagine e pagine che corrono
verso il bersaglio del voto
– quell'orgasmo dell'istituzione –
e scenderà dal treno merci del Suo programma?
Quando verrà ad incontrarmi qui
tra gli altri 26
che stanno aspettando Lei?
Quando potrò parlarLe onestamente,
professore,
senza temere le Sue rappresaglie? »
Massimiliano
« Quand,
mais quand arrêterez-vous de greffer
mon corps et mon esprit
sur des pages et des pages qui courent
vers la cible de la note
– cet orgasme de l'institution –
et descendrez-vous du train marchandise de votre programme ?
Quand viendrez-vous me rencontrer ici
parmi les autres 26
qui n'attendent que vous ?
Quand pourrai-je vous parler honnêtement,
professeur,
sans craindre vos représailles ? »
Alexandro
« Se solo potessimo accarezzare dei gatti
dal profumo di terra e mare
mentre i nostri corpi sono impigliati
tra i banchi,
batuffoli di gatti accoccolati perfino
dentro le lettere e i numeri,
gatti sull'attenti davanti alle nostre paure
come davanti a tane di talpe,
gatti che fanno le fusa
ai silenzi e agli sbagli dei professori
e con linguette raspose ci leccano
dandoci voglia di palpare
– ognuno a modo suo –
ogni loro idea ogni parola,
voglia di giocare con la vita
anche qui, tra i muri della scuola! »
Alexandro
« Si seulement nous pouvions caresser des chats
aux parfums de terre et de mer
pendant que nos corps sont empêtrés
entre les bancs,
duvets de chatons lovés jusque
dans les lettres et les mots,
chats au garde-à-vous devant nos peurs
comme devant des trous de taupes,
chats qui ronronnent
aux silences et aux erreurs des professeurs
et de leurs langues râpeuses nous lèchent
en nous donnant envie de palper
- chacun à sa manière -
toutes leurs paroles et leurs idées,
envie de jouer avec la vie
même ici, entre ces murs d'école ! »
Piccolo Bestiario
– Sei in vacanza?
– Sì, sono insegnante!
Insidioso cunicolo appiccicaticcio
che si tenta di risalire scrollandosi
peggio di San Bernardi inzuppati:
– Certo, di preparazioni ne avete tante…
– Eh sì… (mi sento rispondere
e pensare allo stesso tempo
come se la mia voce avesse frollato
nella sua voce e in quella di tanti altri:
« a chi vuoi darla ancora a bere?
l'hai finita o no di lagnarti,
razza di lazzarone! »).
Petit Bestiaire
- T'es en vacances ?
- Oui, je suis enseignant.
Boyau poisseux, insidieux,
que l’on essaye de remonter
en s'ébrouant tel un bouvier trempé :
- Certes, vous avez beaucoup de préparations …
- Eh oui … (je m'entends répondre
et penser en même temps
comme si ma voix avait faisandé
dans la sienne et dans tant d'autres :
« De qui te moques-tu ?
As-tu fini de te plaindre,
espèce de tire-au-flanc ? »).
Cioccolato
Per
chi ne lascia sempre tavolette lascive
sui tavoli della sala docenti,
chi ne assume una dose di nero puro
prima di entrare in classe o uscendone,
chi deve edulcorare la propria solitudine
con confetti che sembrano coriandoli,
chi ne farebbe delle inalazioni
nel segreto baccano del suo corso,
chi va a fregarne nelle caselle dei colleghi,
per
noi che oramai possiamo brandire come scettro
solo il bastoncino dorato della Cailler.
Chocolat
Pour
ceux qui laissent toujours des plaques racoleuses
sur les tables de la salle des maîtres,
ceux accros à leur dose de pur noir
avant d'entrer en classe ou d’en sortir,
ceux qui édulcorent leur solitude
avec des dragées-confettis,
ceux qui en feraient des inhalations
dans le secret tintamarre de leurs cours,
ceux qui le fauchent dans les casier des collègues,
pour
nous dont les seuls sceptres désormais
sont les branches dorées de Cailler.
Colleghi
È lui il collega che naufraga nelle classi. Attraversa la sala docenti avviluppato nella sua bandiera sconquassata orlata di sonagli. Poi se la svigna sciogliendosi nel bailamme dei corridoi, il busto teso da una pallida fierezza e gli occhi di cerbiatto braccato. Io, appena lo intravedo, mi acquatto come un setter, annuso i suoi bubboni fumanti, mi tappo il naso e gli giro alla larga – come fan tutti.
Collègues
C'est lui le collègue qui fait naufrage dans les classes. Il traverse la salle des maîtres enveloppé dans son drapeau déchiqueté ourlé de grelots. Puis il se sauve et se dissout dans le tintamarre des couloirs de l'école, le buste tendu par une pâle fierté, les yeux de biche aux abois. Moi, dès que l'aperçois, je me tapis tel un setter, flaire ses bubons fumants, me bouche le nez et garde mes distances – comme tout le monde.
Lucciole a galla nel buio
Gli iridescenti frufrù dei bimbi
che stavano giungendo alla stazione
– mano nella mano –
aleggiavano sui quattro lenzuoli bianchi
posati sulle rotaie
a qualche passo dal treno-assassino
sfibrato più d'un fragile giocattolo.
Sulla banchina,
il vuoto assordante
gonfio negli occhi di una ragazzina
e nel rosso sangue del portafoglio da donna
tra i guanti di una poliziotta.
Quando, lentamente, passò un Intercity
(quasi scusandosi per la sua reboante massa metallica)
gli occhi dei due macchinisti
appollaiati come corvi sulla schiva locomotiva
erano ferite nereggianti
che andavano moltiplicandosi nel cielo.
Lucioles flottantes dans le noir
Les froufrous irisés des jeunes enfants
qui arrivaient à la gare
– main dans la main –
flottaient sur les quatre draps blancs
posés sur les rails
à quelques pas du train-assassin
plus harassé qu'un fragile jouet.
Sur le quai,
le vide assourdissant
bouffi dans les yeux d'une adolescente
et dans le rouge sang d'un porte-monnaie de femme
dans le gant d’une policière.
Lorsque, lentement, passa un Intercity
(en s'excusant, presque, de sa tonitruante masse métallique)
les yeux des deux mécaniciens
perchés tels des corbeaux sur la discrète locomotive
étaient des blessures noirâtres
se multipliant dans le ciel.
Correggendo
Le parole delle copie prendono a rotolare
una dentro l'altra,
mi restano tra i denti come fiocini
più li mastico più mi anestetizzano
la mente e il corpo.
Meglio interrompersi
prima di appiccicare voti e commenti:
potrebbero rovinare sulla classe
come massi in una tinozza di mosto.
*
Il mondo vacilla se inciampo
in errori di sintassi e ortografia.
Con il mio aspiratore per metalli preziosi
ho già percorso chilometri di compiti.
Come un alchimista li faccio fondere
sperando di plasmarne feticci.
Il diavolo però s’accoppia con loro
li moltiplica me li vomita addosso
ed io corro nudo per cercar riparo
nei dizionari.
En corrigeant
Les mots des copies se mêlent
les uns aux autres,
ils me restent entre les dents
comme des pellicules de raisins
plus je les mâche plus ils m'anesthésient
le corps et l'esprit.
Mieux vaut s’interrompre
avant d'asséner notes et commentaires :
ils pourraient tomber sur la classe
comme des pierres dans un baquet de moût.
*
Le monde vacille quand je trébuche
sur des fautes d'orthographe et de syntaxe.
Avec mon aspirateur à métaux précieux
j’ai déjà parcouru des kilomètres de copies.
Tel un alchimiste je les fais fondre
dans l’espoir d’en modeler des fétiches.
Le diable pourtant s’accouple avec elles
les multiplie et les vomit sur moi
qui cours nu pour chercher abri
dans les dictionnaires.
Sera nel liceo
Nel liceo quasi deserto le note di un piano suonato da un ragazzo sono rondini che sfrecciano attraverso i muri, fiocchi di neve che ad ogni silenzio si sciolgono sul petto caldo della vita sprigionandone le fragranze. Si rianimano anche i libri abbandonati come pezzi di carne avariata sui tavoli dei corridoi. E la luna piena irradia le aule. Domattina, se ci metteremo a piedi nudi prima di varcarne la soglia, forse ci ricongiungeremo alle radici che scavano verso il centro. Lì, la nudità che ci solleva dentro un fiorire di stelle; lì, il fuoco della carità e dell'indignazione. Domattina forse sapremo cogliere alcune gocce della vita che sgorga sempre fanciulla e intatta dentro di noi – e offrirle.
Soir au gymmase
Dans le gymnase quasi désert, les notes d'un piano joué par un garçon sont des hirondelles qui filent à travers les murs, des flocons de neige qui à chaque silence fondent sur la chaude poitrine de la vie en exhalant ses fragrances. Se réaniment même les livres abandonnés comme de la viande avariée sur les tables des couloirs. Et la pleine lune irradie les salles de classe. Demain matin, si nous nous déchaussons avant d’en franchir le seuil, peut-être pourrons-nous rejoindre les racines qui creusent vers le centre. Là, la nudité qui nous soulève dans une floraison d'étoiles ; là, le feu de la charité et de l'indignation. Demain matin, peut-être saurons-cueillir quelques gouttelettes de la vie qui jaillit toujours intacte et vierge en nous – et les offrir.